Foudre à Saint-Privat-d’Allier

Ancien bâtiment de transformateur électrique
Ancien bâtiment de transformateur électrique

Quand la Haute-Loire capturait la foudre :
le site secret de Saint-Privat-d’Allier

Découvrez l’histoire des recherches sur la foudre à Saint-Privat-d’Allier en Haute-Loire, le plateau isolé où des scientifiques l’ont dompté avec des fusées pendant 20 ans.

Reste d'un capteur de foudre
Reste d'un capteur de foudre

Le plateau électrique

……..Arriver sur le plateau de Céaux par un jour de vent gris, vous marchez à 1100 mètres d’altitude, sur un sol de pierre, à une vingtaine de kilomètres à l’ouest du Puy-en-Velay. Ce sol rocailleux n’a l’air de rien. Il possède pourtant une particularité géologique majeure : sa conductivité électrique est quasi nulle.

L’électricité ne peut pas s’y écouler. Elle s’accumule. Elle stagne.

……..Cette résistance naturelle transforme la zone en un aimant à foudre. Le niveau isokéraunique, qui mesure le nombre de jours d’orage par an, y dépasse les plafonds nationaux.
……..Dans les années 1970, ce combo de rocaille isolante et de cieux colériques a attiré l’attention bien au-delà de la Haute-Loire. Le site offrait l’éloignement parfait des habitations et des réseaux électriques classiques. Les conditions idéales pour mener des expériences hautement explosives sans griller la télévision des riverains.

Le chemin permettant l'accès au "centre de recherche"
Le chemin permettant l'accès au "centre de recherche"
Le dernier pylône et le laboratoire de mesure
Le dernier pylône et le laboratoire de mesure

Les vestiges d'un bunker scientifique

……..Aujourd’hui, les marcheurs en route pour Saint-Jacques-de-Compostelle, traversent Saint-Privat-d’Allier. Ils longent le plateau, respirent l’air pur des gorges de l’Allier, totalement ignorants de l’anomalie industrielle qui rouille proche de leur sentier.
……..Il faut bien chercher dans le paysage et les herbes hautes. Un pylône métallique triangulaire aux allures de vigie militaire pointe toujours vers les nuages. Plus loin, une carcasse grillagée se décompose lentement sous les intempéries.
……..C’est l’ancienne centrale de commande. Une double cage de Faraday conçue pour encaisser des millions de volts. À quelques pas de là, la ligne de moyenne tension expérimentale demeure, avalée par la végétation.
……..L’atmosphère du lieu est déroutante. Le silence pastoral actuel où résonne encore le fracas technologique qui a secoué cette terre pendant plus de vingt ans.

Grilles formant la cage de Faraday autour du laboratoire
Grilles formant la cage de Faraday autour du laboratoire
L'intérieur est bien vide!
L'intérieur est bien vide!
Un autre partie des grosse de la cage de Faraday
Un autre partie des grosse de la cage de Faraday
La connexion entre le pylône et le laboratoire de mesure servant à faire transiter les câbles et les données
La connexion entre le pylône et le laboratoire de mesure servant à faire transiter les câbles et les données

Les artificiers du ciel

……..L’histoire commence en juillet 1973. Le paisible village agricole double soudainement de volume. Près de 150 personnes – physiciens, ingénieurs et leurs familles – prennent d’assaut la moindre chambre disponible.
……..Ils viennent d’EDF, du CEA, du CNET ou de l’ONERA. Leur objectif : déclencher artificiellement des éclairs.

Leur arme s’appelle la méthode « fusée-fil ».

……..Ici, nous parlons d’une simple fusée paragrêle en plastique de 2,7 kilos. À sa base, un fil de cuivre ultra-fin (0,2 mm) recouvert de Kevlar.
……..Dès que les instruments au sol détectaient un champ électrique critique, la fusée était propulsée à 180 mètres par seconde vers le nuage. Le fil se déroulait. À 500 mètres de haut, l’éclair frappait le cuivre, vaporisait le métal dans une explosion lumineuse et descendait droit dans les instruments de mesure.
……..Si l’orage refusait de coopérer, une charge explosive détruisait automatiquement le projectile en plein vol.

……..Dans la cabine blindée et sécurisée, la paranoïa régnait. Une cage de Faraday géante entourait leur salle de contrôle.
……..Pour éviter que le courant ne remonte par les fils et n’électrocute l’équipe, les boutons de lancement fonctionnaient par impulsion d’air comprimé. Une technologie pneumatique digne d’un garage automobile.

……..Les campagnes de tir s’enchaînent. Le taux de réussite frôle les 93 % certaines années. Le site s’ouvre à l’industrie privée. Peugeot et Renault viennent carrément stationner des berlines sous l’orage pour tester la résistance de l’injection électronique.
……..La presse débarque rapidement pour communiquer sur ce lieu atypique. L’exploit de Saint-Privat s’étale dans les colonnes du Monde et jusque dans les pages du Journal de Mickey.

La connexion entre le pylône et le laboratoire de mesure servant à faire transiter les câbles et les données
La connexion entre le pylône et le laboratoire de mesure servant à faire transiter les câbles et les données
Le pylône et le laboratoire de mesure
Le pylône et le laboratoire de mesure

L'exode vers d'autres cieux

……..L’aventure s’arrête d’un coup en 1996. Le site ferme ses portes. La science a besoin de volume et de rentabilité.
……..Les industriels réclament des orages garantis toute l’année, pas seulement durant la fenêtre estivale auvergnate. Les chercheurs plient bagage et délocalisent le foudroiement en Floride, au Kennedy Space Center de la NASA, ou sur les hauts plateaux du Brésil.

……..Le matériel lourd est démonté. Seuls quelques instruments rescapés, comme l’étrange capteur « moulin à champ » conçu par le CEA, ont échappé au démontage ou aux casseurs.
……..Ils dorment aujourd’hui dans les réserves du Musée Crozatier au Puy-en-Velay. Le plateau de Céaux, lui, a simplement été rendu aux vaches et aux pèlerins.

Une ancienne barrière servant à barrer le passage lors de l'activité du centre de recherches
Une ancienne barrière servant à barrer le passage lors de l'activité du centre de recherches
Vue générale depuis la route
Vue générale depuis la route
Base d'un capteur de foudre vide
Base d'un capteur de foudre vide

Le Jour où on a braqué l’orage

……..L’alarme de l’antenne CIGRE nous arrache de nos lits de camp pour la troisième fois de la nuit. Il est presque quatre heures du matin. L’air est lourd, saturé d’humidité, et cette odeur d’ozone nous imprègne.
……..On balance en hâte nos fonds de café dans l’évier. On s’entasse dans la salle de commande étriquée de Saint-Privat-d’Allier, les yeux rivés sur une mer de cadrans analogiques.
……..Chacun reprend son poste dans une chorégraphie qu’on connaît par cœur. Le veilleur hurle les valeurs dans le brouhaha mécanique. Le champ électrique grimpe en flèche. La grêle menace de s’abattre d’une seconde à l’autre.
……..Le tonnerre gronde à moins de cinq kilomètres. Dehors, c’est le déluge.
……..En bas, dans le village, les enfants restent collés à leurs fenêtres pour profiter de notre feu d’artifice gratuit. Leurs parents, eux, jurent qu’on fabrique la grêle sur commande, au point que certains agriculteurs du coin ont commencé à résilier leur assurance foudre.

……..Le scoop a même fait la une du Journal de Mickey, pour dire le niveau de notre légende locale. Si seulement ils savaient ce que le CEA fait vraiment ici : capturer la foudre en boule, stabiliser un plasma, et poser les bases de la fusion nucléaire.
……..Sauf que là, notre grande ambition scientifique se résume à croiser les doigts pour ne pas pulvériser la pauvre Peugeot 405 qu’on a garée exprès sous l’orage pour tester les rayonnements.
……..Le haut-parleur grésille et la voix du chef d’équipe tranche le vacarme ambiant. « … 5, 4, 3, 2, 1, TIR ! »
……..Une lumière blanche, raye totalement la vitre de la cabine. Et sur les écrans de contrôle, c’est le naufrage absolu. Un décalage de douze millisecondes totalement s’affiche sur les oscilloscopes, un caprice technique qui rend fous les ingénieurs depuis les essais en labo à Lyon. Pire encore, un éclair naturel, a pris tout le monde de vitesse en devançant l’allumage de notre fusée.

……..La sonde est tellement saturée que l’onde de choc s’affiche coupée net sur le moniteur.
……..Impossible de mettre le nez dehors sous cette pluie diluvienne, on reste cloîtrés dans notre abri. Pour couronner le tout, le voyant de la batterie principale du capteur clignote frénétiquement avant de rendre l’âme.
……..Tout cet attirail de pointe pour finir avec quatorze coups anormaux où l’éclair a superbement ignoré notre fil de cuivre pour aller s’écraser direct dans la boue.
……..Une odeur de plastique chauffé envahit le laboratoire. À travers les trombes d’eau, un nouvel impact illumine la balise de sécurité rougeoyante plantée à deux cents mètres d’ici.

On a voulu braquer l’orage avec des câbles, mais à votre avis, qui s’est fait avoir cette nuit ?

Vestiges de fenêtres du laboratoire de recherches
Vestiges de fenêtres du laboratoire de recherches

Logistique

Y venir :
Commune de Saint-Privat-d’Allier (43580), sur les hauteur du Hameau de Ceaux plateau du Devès. 

Coordonnées GPS :
Vestiges du centre de recherches : 45.027184, 3.667634

🧭 Boussole en main & Difficulté :
La randonnée très accessible sur le plateau avec un faible dénivelé.

🛠️ Ressources & Droit de passage :
L’accès est libre autour de la zone.
Les abords appartiennent à des particuliers : Restez sur les chemins et ne pénétrez pas dans les parcelles
Interdiction formelle d’escalader les ruines ou de franchir les vieux grillages.

🎒 Dans la besace :
Il vous faut un coupe-vent parfaitement étanche et un appareil photo pour immortaliser le pylône rongé par le temps.

💡 Le Tuyau de l’initié & Alerte météo :
Attention !! Si le ciel noircit brutalement, partez tout de suite.
Le sol en granite bloque le courant, transformant vos semelles en cible de choix.

Commune de Saint-Privat-d’Allier
Mairie de Saint-Privat

Coordonnées GPS
44.990682, 3.678332

Le Puy-en-Velay Tourisme
Office de tourisme

Coordonnées GPS
45.041704, 3.884938

Un peu de lecture

Rangez vos paratonnerres et ouvrez grand les yeux, voici l’histoire illustrée du braquage céleste raté.

Sources

  • FOCUS : Saint-Privat-d’Allier (Villes & Pays d’Art & d’Histoire du Puy-en-Velay)
  • FRANCE 3 Auvergne-Rhone-Alpes : Quand on chassait la foudre à Saint-Privat-d’Allier (Sandrine Montéro, 21/09/2019)
  • L’EVEIL DE LA HAUTE-LOIRE : Saint-Privat-d’Allier : un laboratoire à ciel ouvert pour l’étude de la foudre (Vincent Jolfre, 25/11/2029)
  • Physique Colloque : RECHERCHES SUR LA FOUDRE EN FRANCE, Le Groupe de Recherches de Saint-Privat-d’Allier. (1979)
  • THESE : Contribution à la caractérisation du rayonnement électromagnétique de la foudre et à sa modélisation en vue du couplage sur les câbles (Sylvie Rathoin, 22/04/2009)



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